
Depuis plusieurs mois, les pharmacies du Sénégal, comme partout dans le monde, font face à des pénuries répétées de médicaments essentiels. Antibiotiques courants, sirops pédiatriques, traitements pour le diabète ou l’hypertension : ces ruptures inquiètent les patients et mettent à rude épreuve les professionnels de santé.
Le Syndicat des Pharmaciens Privés du Sénégal (SPPS) alerte sur l’ampleur de cette crise et appelle à renforcer la souveraineté pharmaceutique du pays pour mieux protéger la santé des populations.
Une crise mondiale qui touche aussi les pharmacies du Sénégal
La pénurie actuelle n’est pas un problème isolé au Sénégal. Elle est le résultat d’une crise mondiale :
- Une grande partie de la production de matières premières et de médicaments est concentrée dans quelques pays, principalement en Asie.
- Les chaînes d’approvisionnement sont fragilisées par les tensions géopolitiques, la hausse des coûts de transport et certaines fermetures temporaires d’usines.
- À chaque incident ou retard, ce sont des médicaments de base qui manquent dans les officines, partout dans le monde.
Au Sénégal, cela se traduit concrètement par :
- des ruptures soudaines d’antibiotiques très utilisés, notamment chez l’enfant ;
- des difficultés récurrentes à obtenir certains traitements pour les maladies chroniques (comme le diabète ou l’hypertension) ;
- des délais plus longs avant le retour à la normale, ce qui crée un stress pour les patients comme pour les soignants.
Le rôle du pharmacien privé : dernier rempart pour la sécurité des patients
Face à ces pénuries, le pharmacien d’officine est en première ligne. Il ne se contente pas de constater les ruptures : il agit pour protéger les patients.
- Sécuriser le circuit du médicament : en période de tension, le risque de voir circuler des « médicaments de la rue » augmente. Le SPPS rappelle que seule la pharmacie d’officine garantit l’origine, la qualité et la traçabilité des médicaments.
- Proposer des alternatives sûres : lorsque le médicament prescrit est en rupture, le pharmacien, en concertation avec le médecin, peut orienter vers une alternative thérapeutique adaptée et sécurisée.
- Gérer les stocks de façon éthique : les pharmaciens privés s’efforcent d’éviter le stockage excessif par précaution, afin de permettre une répartition la plus équitable possible entre les patients et les différentes régions.
Ainsi, le pharmacien privé joue un rôle de véritable gestionnaire de crise, tout en restant au service de chaque patient qui pousse la porte de la pharmacie.
Renforcer la souveraineté pharmaceutique du Sénégal : une urgence
Cette crise mondiale met en lumière une réalité incontournable : le Sénégal dépend encore trop fortement des importations pour l’approvisionnement en médicaments.
Par « souveraineté pharmaceutique », le SPPS entend la capacité du pays à sécuriser durablement l’accès aux médicaments essentiels, notamment grâce à :
- une production locale plus forte et diversifiée ;
- des sources d’approvisionnement mieux réparties ;
- des règles et des partenariats qui protègent l’intérêt des patients.
Développer une industrie pharmaceutique nationale solide est une des clés pour réduire notre vulnérabilité face aux crises internationales. Cela permettrait :
- de limiter les ruptures répétées ;
- de mieux contrôler la qualité des produits ;
- de créer des emplois et de la valeur ajoutée sur le territoire.
Les engagements et propositions du SPPS
Conscient de sa responsabilité envers la population, le Syndicat des Pharmaciens Privés du Sénégal :
- maintient un dialogue permanent avec les autorités sanitaires et les grossistes-répartiteurs pour anticiper au mieux les tensions ;
- plaide pour un suivi régulier des ruptures sur le terrain afin d’identifier rapidement les molécules les plus critiques ;
- encourage les patients à se tourner systématiquement vers les pharmacies d’officine pour éviter les produits de contrebande.
Le SPPS appelle également l’État et ses partenaires à :
- Soutenir et encadrer le développement d’une industrie pharmaceutique locale compétitive, capable de produire une partie des médicaments essentiels consommés au Sénégal.
- Simplifier et accélérer les procédures d’homologation des médicaments génériques de qualité, afin d’élargir les solutions disponibles en cas de pénurie.
- Renforcer la concertation entre l’État, le SPPS et les acteurs de la chaîne du médicament pour anticiper les crises, partager l’information et décider plus vite des mesures à prendre.
En période de pénurie : faites confiance à votre pharmacien
Pour chaque Sénégalais, ces pénuries ne sont pas des chiffres abstraits : elles se traduisent par des ordonnances difficiles à exécuter, des traitements interrompus ou modifiés, des inquiétudes pour soi-même ou pour ses proches.
Dans ce contexte, un réflexe reste essentiel : demander conseil à son pharmacien. Lui seul peut :
- vérifier si une alternative fiable existe ;
- expliquer les risques liés aux médicaments achetés hors du circuit officiel ;
- accompagner le patient dans l’adaptation de son traitement, en lien avec le médecin.
La crise actuelle doit être l’occasion, pour tous les acteurs, de faire un choix clair en faveur d’une souveraineté pharmaceutique renforcée, afin que chaque Sénégalais puisse accéder, durablement et en toute sécurité, aux médicaments dont il a besoin.
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